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Une victoire miraculeuse !

Rédigé le Mardi 16 Août 2016 à 22:58 | Lu 1587 fois



L’exploit est incroyable, inespéré : menée de sept buts à la pause par l’Espagne  (12-5), un score généralement rédhibitoire, l’équipe de France  de handball  féminine s’est qualifiée pour le dernier carré du tournoi olympique, mardi, en s’imposant finalement (27-26) après prolongation. Sensationnel.

 

Jeudi, en demi-finale, les Bleues retrouveront les Néerlandaises, qu’elles avaient battues en match d’ouverture (18-14), et peuvent désormais espérer  décrocher  la première médaille olympique de l’histoire  du handball féminin tricolore. Après avoir  survécu à un truc pareil...

 

« Ce match, je m’en souviendrai longtemps putain !, exulte l’ailière tricolore Siraba Dembélé à la sortie du terrain. C’est le match le plus exceptionnel de toute ma carrière, c’est clair. » « Des scénarios incroyables comme ça, j’en ai vécu deux, raconte l’entraîneur Olivier Krumbholz. Un en finale du championnat du monde  de 2003 victoire sur la [Hongrie  32-29 a.p., après avoir été mené 25-18], et celui-là. D’ailleurs, sur le terrain, je leur ai dit qu’en 2003, on avait remonté sept buts en sept minutes. Peut-être qu’elles ne le savaient même pas, parce qu’elles sont jeunes, et que c’est un truc de vieux, la finale de 2003. Mais ça a un peu marqué les esprits, et elles n’ont jamais perdu espoir. »
 

« Je sais pas... C’est magique de faire  du sport  »


Il y avait pourtant de quoi désespérer  : après trente minutes passées à bafouiller  leur handball, à frapper  les poteaux, à encaisser  des buts impossibles, et à buter  sur une Silvia Navarro euphorique dans ses cages du haut de ses 37 ans, les Bleues semblaient s’être sabordées, et une nouvelle désillusion olympique en quart de finale se profilait, après celles de 2000, 2008 et 2012. « Si on avait perdu, on nous aurait dit qu’on est incompatibles avec les JO, et qu’on a un problème avec les quarts », souriait Krumbholz.
 

 
Allison Pineau s’envole, et provoque le penalty de l’égalisation à quinze secondes de la fin.

 

Il y a quatre ans, à Londres, ses joueuses avaient été éliminées à ce stade du tournoi par un penalty à la dernière seconde du Montenegro (23-22). Cette fois, le « penalty en or » a été tiré alors qu’il restait quinze secondes à jouer, et il a fait trembler  le filet adverse : c’est Gnonsiane Niombla qui envoyait les Bleues vers une prorrogaçãomiraculeuse. A Rio, les dieux du hand sont du côté tricolore. « Ouais, bin pour une fois, on va pas s’en plaindre, rigolait la gardienne Amandine Leynaud. Jusqu’a maintenant, aux Jeux olympiques, ils étaient toujour de l’autre côté. Quand je repense à Londres, et à ici… Je sais pas… C’est magique de faire du sport. »
 

Sans doute y a-t-il une part d’irrationnel dans le scénario qui a fini par sourire  aux Bleues mardi après-midi. Mais il faut surtout souligner  la force mentale hors du commun dont elles ont fait preuve, là où tant d’autres se seraient contentées d’agoniser lentement en seconde période.
 

« On les a complètement bouffées »


« Quand j’ai vu les Espagnoles revenir  sur le terrain après la mi-temps, elles avaient toutes le sourire, raconte encore la gardienne tricolore. Là, tu te dis : “Putain, elles ont toute le sourire, mais elles savent pas ce qui va leur tomber  sur la gueule.” Elles ont eu tellement de chance en première mi-temps, elles ont épuisé leur quota, c’était pour nous derrière. Et quand on est revenues au score, c’étaient plus les mêmes joueuses. Elles étaient livides, elles y arrivaient plus. »
 

« Quand elles ont vu qu’on lâchait pas l’affaire, on a complètement inversé la tendance, analyse Siraba Dembélé. Elles essayaient de montrer  qu’elles paniquaient pas, qu’elles restaient calmes, mais nous, on leur mettait encore plus de pression. A partir  du moment tu mènes de sept buts pendant quasiment tout le match et que la tendance s’inverse... Elles avaient aucune chance de revenir. Psychologiquement, on les a complètement bouffées. »

De sept buts, l’avance des Espagnoles descendait à quatre (14-10, 40e), remontait à sept (18-11, 45e), dégringolait à trois (21-18, 53e), puis deux (22-20, 57e), puis un (23-22, 59e), puis zéro,(23-23). Les Ibères étaient cuites, la chance les avait fui pour de bon – à 25-24 pour les Bleues, un tir espagnol heurtait les deux poteaux avant de ressortir  –, il ne pouvait plus rien arriver  aux coéquipières d’Alexandra Lacrabère, meilleure marqueuse de ce match fou (7 buts).
 

Oubliées, les larmes de Sydney, d’Athènes (défaite d’un but en demi-finale), de Pékin et de Londres, balayées par les larmes de joie de Rio. En verra-t-on d’autres jeudi ? « Si on aborde les demies comme ça, explique Siraba Dembélé, ce sera impossible de revenir. Mais maintenant, je pense que toute les équipes savent qu’on ne lâche rien. Les [Néerlandaises] elles vont vouloir  se venger, parce qu’on les avait un peu malmenées. Ça va ête un beau match. » Vivement jeudi.

 
Alexandra Lacrabere et Gnonsiane Niombla tombent dans les bras l’une de l’autre au coup de sifflet final.



Henri Seckel  
Journaliste au Monde 
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