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Johan Boisedu "On fait un travail privilégié mais éphémère"

Rédigé le Jeudi 5 Septembre 2019 à 20:41 | Lu 522 fois


Johan Boisedu, "handballeur du monde", a posé ses valises à Dijon en Proligue. Il revient sur sa carrière pour Hand Planet.


Vous rebondissez aujourd’hui à Dijon, après une carrière bien remplie. Pourriez-vous nous en dire plus ?

 

Je vais essayer de faire court car j'ai beaucoup bougé ces dernières années. La planète handball s’est rendue compte que je suis un joueur particulier avec un fonctionnement particulier. Tout joueur de handball espère aller au plus niveau possible, je l’ai fait jusqu’à mes 31 ans, âge où j’ai fait un premier bilan pour me rendre compte que j’avais fait ce que j’avais à faire. J’ai appris plein de choses entre la France et l’Allemagne, j’ai appris à apprivoiser ce milieu et comment en retirer le meilleur me concernant.

 

Le commun des mortels ne se rend pas compte qu’on fait un travail certes privilégié, mais éphémère, on a donc une seconde carrière dans une vie, pas par envie mais par nécessité.

 

J’ai fait mon bilan, et je me suis demandée vers quoi me tourner, et ça a été se tourner vers des expériences inconnues, des aventures humaines.

 

L’envie d’expérimenter des nouvelles choses a motivé votre déménagement hors Europe ?

 

Dans le Golf, on a des contrats super intéressants, mais contrairement aux idées reçues, ce n’est pas non plus la maison de retraite ou l’Eldorado. Il fallait être encore plus performant. Alors oui, on peut parler de contrats intéressants, je ne vais pas mentir, mais qui sont communs au monde du handball. On est payé comme un très bon joueur en Europe.

Je suis parti une année à Dubai, ensuite au Qatar. 8 années sont ainsi passées très rapidement. J’ai découvert des cultures, joué dans tous les pays du Golf. Je me lance encore des défis de vie, tant qu’avec ma famille, nous avons la possibilité de voir autre chose.

 

Et l’appel de la nouveauté vous a donc conduit ensuite en Espagne…

 

Le choix de s’installer en Espagne était un choix naturel car ma femme est espagnole. En arrivant, je n’avais pas encore trop d’idées sur ce que j’allais faire, je cherchais juste un club. Le staff du club de Puerto Sagunto (Liga Asobal) a fini par faire le forcing pour que je signe chez eux après que je me sois entraîné là-bas quelques temps.

 

Je signe avant tout des contrats qui m’intéressent, il faut qu’il y ait un « truc « qui se passe. J’ai cru entendre que j’étais un mercenaire, par rapport à ma carrière hors France, ça me fait rire. Quand un ingénieur finit ses études, il va bosser ailleurs, pas en France.

 

Qu’est-ce qui vous motive, quand vous signez ces fameux contrats ?

 

Ça paraît peut-être bizarre, mais je ne cherche aucune sécurité en tant que joueur. Je dois être le seul dans la planète handball à signer un contrat pour 10 jours.  Le Club de Cangas par exemple, m’a sollicité pour leurs trois dernières rencontres. C’est ma façon de fonctionner. Ça peut déranger car on a l’impression que je fais ce que j’ai envie mais c’est ma façon de fonctionner. On a gagné 2 matchs sur trois. Les gens là-bas m’ont accueilli comme si ça faisait 10 ans que j’étais au club.

Je suis un homme de challenge, je cherche des projets relativement courts.

 

Le challenge était-il ce que vous recherchiez en venant en France ?

 

Je vais vous expliquer quelque chose. J’ai quitté la Réunion à 18 ans et je suis parti directement en Allemagne. Je n’ai jamais vraiment pris le temps de développer. Il y a eu tellement de choses de dites par rapport à ce départ. J’étais issu d’une époque où tu habites sur une île et une personne en particulier a le pouvoir de décision pour savoir qui va réussir ou pas. Un concours de circonstances (Les réussites de Jackson Richardson et  Daniel Narcisse) a fait que des dirigeants allemands sont venus me chercher pour venir en Allemagne. Tous les joueurs à l’époque des années 90 jouaient en France sauf les stars. La Fédération n’était donc pas très heureuse. Je savais très bien que je n’avais pas le niveau pour jouer dans le meilleur championnat du monde mais je savais que j’aurais des ouvertures.

 

On m’a collé l’étiquette du joueur qui se la raconte parce que je suis parti à l’étranger directement. Je n’avais pas de compte à rendre à qui que ce soit, je suis le chauffeur de mon propre bus. Je n’ai pas d’animosité face à qui que ce soit, par rapport à la Réunion avec les dirigeants ou les quelques clubs où ça s’est mal passé.

 

 

Revenir en France n’était donc pas prévu, quelque part. J’ai eu beaucoup de sollicitations à l’étranger mais par un concours de circonstances, en janvier, Ivry m’a contacté car ils avaient besoin d’un joueur.  J’ai réfléchi et je me suis laissé tenter par le truc. Il y a eu un petit engouement autour de ma personne, c’était gratifiant pour mon travail. J’étais même le plus vieux joueur de champ de LSL. Les objectifs ont été atteints avec le maintien, j’ai donné le meilleur quand on a eu besoin de moi. Je reste fidèle à moi-même en toutes circonstances.

 

Vous avez enchaîné avec une autre pratique, le Beach Handball. Pourriez-vous nous en dire plus ?

J’ai fait un superbe été Beach. Le sport est en plein développement ! La Fédération met de plus en plus de moyens. C’est un sport spectaculaire. On communique un peu plus dessus, désormais. 25 joueurs étaient mis à disposition. Les clubs ne libèrent pas forcément tous les joueurs, on fait un peu avec ceux qui peuvent.

 

Au bout de 2/3 ans d’existence, on entre dans le Top 8. On est des vrais Beachers. On a montré aux nations fortes qui évoluent depuis 15/20 ans qu’il allait falloir compter avec la France, car on emmène dans ce sport les valeurs du handball français :  la grinta, la gagne, des joueurs qui sont des gros compétiteurs qui ne lâchent rien. On perd en quart de finale face au futur champion d’Europe. Cela augure donc une marge de progression intéressante. Je pense que ce sport a de belles années devant lui.


Crédit photo : Gustavo Sports Pictures
Crédit photo : Gustavo Sports Pictures

Et vous finissez donc par choisir Dijon pour poser vos bagages, pour quelle(s) raison(s) ?

 

Je suis arrivé à Dijon à la fin de la saison dernière. Je suis toujours tourné vers l’étranger, mais ces 6 mois en France ont aussi attisé une certaine flamme : je suis peut-être resté sur quelque chose d’inachevé. J’ai regardé les projets qui pourraient me faire courir.  Dijon avait un groupe solide, qui vit ensemble, avec un truc à faire.

 

On est entré en contact, je me suis entraîné avec eux, et aujourd’hui, ça fait trois semaines que je suis là. J’ai 40 ans, je comprends que ça puisse faire peur à certains clubs. Mais les joueurs de 40 ans peuvent apporter au collectif en dehors et sur le terrain. Je ne cherche pas le star système, ni les projecteurs. Je n’ai rien à prouver à personne, juste à justifier mon recrutement auprès de mon employeur. Jouer en Proligue ne veut pas dire « s’abaisser » à un plus faible niveau. Les challenges y sont d’autant plus stimulants.

 

Pourriez-vous aujourd’hui choisir un moment marquant de votre carrière ?

 

Il n’y en a pas vraiment que je place au-dessus d’autres. Il y en a eu des très bons, des titres, la Coupe de la Ligue avec Créteil, notamment, où on arrive à battre Montpellier. Chaque période de ma vie m’a apporté énormément et tous ces moments ont fait l’homme que je suis aujourd’hui et construisent l’homme de demain.

 

J’ai eu aussi des moments très difficiles, douloureux, mais qui ont aussi été importants dans ma vie, ça m’a permis de passer un cap, de relativiser les choses et de tourner une page et en écrire une autre. Je n’ai pas de moments préférés. J’arrive à Dijon, je sens qu’il y a un truc vraiment sympa et intéressant à faire. C’est une bonne histoire qui commence.

 

Le fait d’être un « handballeur du monde » a-t-il été compliqué à gérer pour votre famille ?

 

Ma famille m’a suivi pendant 10 ans. Mon fils a beaucoup bougé entre l’Allemagne et les 8 années dans le Golf. C’est un citoyen du monde. Il a grandi dans un contexte particulier. Il a très bien grandi, en sécurité, il y a une tolérance qu’il n’y a pas en France. Il a grandi aux Emirats, où on y trouve vraiment de tout. Il était à l’école avec des hollandais, des indiens, des pakistanais. Il y a une indifférence à l’indifférence. C’était très enrichissant pour lui.

 

Aujourd’hui il faut penser à lui, car il a besoin de stabilité pour se construire. Il est habitué, il le vit très bien, et j’essaye de passer le maximum de temps avec eux. Ma famille sait très bien que je suis un peu privilégié par rapport au fait que je suis encore en activité.

 

 

Justement, pensez-vous devoir votre longévité sur les terrains à l’entraînement physique intense que vous vous imposez ?

 

Je suis presque d’une ère préhistorique.

 

C’est mon fonctionnement depuis plusieurs années. J’ai appris à connaître mon corps, je me suis développé ma propre préparation physique. Je poste pas mal de vidéos sur les réseaux sociaux parce qu’on me pose pas mal de questions. Je montre le type de travail que je m’impose au quotidien, et c’est ce qui marche.

 

Je ne peux pas jeter la pierre à cette nouvelle génération. Ils grandissent dans un temps où ils ont tout. C’est à eux de se poser les bonnes questions. Il faut qu’ils travaillent pour eux. C’est eux qui écrivent leur histoire, le stylo est dans leur main, personne ne doit leur prendre leur stylo (c’est mon côté philosophe).

 

Si ma carrière peut servir d’exemple à quelqu’un, c’est bien montrer qu’il n’y a pas qu’un seul chemin, il y a ton chemin. Là où il n’y a pas de porte, à toi de la créer et de l’enfoncer. Ce n’est pas facile car il faut s’écarter du système.

 

J’ai toujours décidé qu’il fallait que je sois en phase avec tout. J’arrive quand je veux et je pars quand je veux. Si tu n’es pas en osmose avec ce qui se passe autour, ça ne peut pas aller. Les contrats que j’ai cassés (Saint-Raphael et Créteil), c’est parce qu’il fallait que j’arrive avec un état d’esprit et que je reparte avec le même.

 

Chacun est maître de son destin. Le que va-t-on dire, ça fait très longtemps que je l’occulte. Je suis bien dans mes baskets. Je n’ai rien à regretter de ce que j’ai fait en bien ou en mal. Si c’était à refaire, je referai pareil.

Mon fils me rappelle toujours du haut de ses 9 ans, « papa Karma », tout arrive pour une raison.

 

 

 

Et si nous réalisions un portrait chinois ?

 

Si vous étiez un autre joueur de hand ? Je n’envie personne, à vrai dire !

Si vous étiez un sport ? Le basket. C’est un sport que j’ai fait quand j’étais plus jeune. Il peut t’emmener aussi aux 4 coins de la planète. Je pense qu’on ne rend pas assez hommage à un grand homme comme Tony Parker par exemple.

Si vous étiez un animal ? Un lion. C’est la force tranquille, posée.

Si vous étiez un plat ? Le rougail morue de ma mère. C’est mon caviar.

Si vous étiez une saison ? L’été.

Si vous étiez une personnalité marquante ? Denzel Washington. Au-delà de ses qualités d’acteur, c’est surtout l’homme et ce qu’il représente, les messages qu’il envoie.



Merci à Johan pour sa disponibilité. Hand Planet lui souhaite le meilleur à venir pour la saison.

Propos recueillis par Alexandrine André
Pour Hand Planet

 


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