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« Cette maladie aurait pu me détruire finalement, elle m'a boosté »

Rédigé le Samedi 11 Novembre 2017 à 18:00 | Lu 576 fois



Ivry-sur-Seine, le 11 octobre .Le portier d’Ivry Rémy Gervelas a appris à dompter la maladie et à rester performant.LP/ICON SPORT/AUDE ALCOVER
Ivry-sur-Seine, le 11 octobre .Le portier d’Ivry Rémy Gervelas a appris à dompter la maladie et à rester performant.LP/ICON SPORT/AUDE ALCOVER
Rémy Gervelas, le gardien d'Ivry, souffre d'hyperthyroïdie, une pathologie aux multiples complications. Sportif de haut niveau, il a appris à vivre avec.

À Ivry, il fait presque partie des meubles. Champion de France en 2007, Rémy Gervelas (32 ans) partagera encore la cage val-de-marnaise avec François-Xavier Chapon, ce soir face à Nantes (8e journée de Starligue, 20 heures). Comme si de rien n'était. Mais, depuis bientôt trois ans, le gardien livre un combat contre l'hyperthyroïdie, une pathologie se traduisant par une production anormalement élevée d'hormones par la glande thyroïde. « C'est une sorte d'héritage familial, nous dit-il. Mes sœurs ont été épargnées, mais ma grand-mère, ma tante et ma mère en ont toutes souffert. » Pour la première fois, il accepte d'évoquer sa maladie.

Comment avez-vous découvert que vous étiez malade ?

RÉMY GERVELAS. ]bCela remonte à décembre 2014. Chaque jour, je perdais 1 ou 2 kg alors que je m'alimentais normalement. Pendant les fêtes de Noël, je suis parti faire un footing avec Barbara (NDLR : Moretto, sa compagne, joueuse pro à Dijon). J'étais incapable de la suivre. Jusque-là, je ne m'étais pas trop inquiété. C'était la fin de la première partie de saison, ça me semblait normal d'être sur les rotules. Tout le monde me disait que j'avais maigri mais, moi, je ne voulais rien voir. En dix jours, j'étais pourtant passé de 93 kg, mon poids de forme, à 78 kg. Et à la reprise, j'ai paniqué. En muscu, je galérais à soulever 60 kg alors que je pousse plus du double d'habitude. Je n'avais plus d'énergie, je ne pouvais plus rien faire. On m'a fait des examens de sang et on a découvert que je souffrais d'hyperthyroïdie.

Quelle a été votre réaction ?

Une partie de moi était soulagée, je savais enfin ce qui se passait. Mais une autre était à cran, j'avais des examens complémentaires à passer. Dans ces cas-là, l'attente est terrible : j'étais persuadé que j'avais un cancer, que j'allais crever.

Cela a-t-il changé votre quotidien ?

C'est compliqué pour moi qui suis de nature à avoir la pêche tout le temps. Encore aujourd'hui parfois, je ne sais pas si mon corps réagit normalement à certaines situations ou si c'est lié à la maladie. Mais ça me permet de mieux me connaître et surtout de m'écouter. Je suis dur au mal : j'avais beau avoir un œil exorbité (NDLR : l'exophtalmie, extrusion de l'œil hors de l'orbite, est une des complications possibles de la maladie), des selles liquides au quotidien, souffrir d'hypersudation, être épuisé... je ne me plaignais jamais ! Je fais plus attention aujourd'hui ! Cette maladie, c'est une sorte de dopage naturel. Tu peux être plein de jus, speed en permanence. Sauf que, énergique comme je suis, je bouffais toutes mes ressources, j'allais au-delà de ce que mon corps pouvait supporter. Tomber à 78 kg... Je n'avais plus fait ce poids depuis mes 16 ans !

Cela joue aussi sur vos émotions...

Oui, je peux être triste sans raison particulière, comme je peux avoir envie de sauter partout ! Je me souviens d'une séance en 2016, la veille d'un match important à Aix. En plein entraînement, j'ai senti les larmes monter et je me suis mis à pleurer comme un gamin. J'ai quitté la séance en me demandant ce qui m'arrivait. J'ai appelé mon docteur en panique... j'avais juste oublié de prendre mes médicaments !

«L'avantage avec les sportifs de haut niveau, c'est qu'on a tous un ego surdimensionné. Tu ne veux pas laisser la maladie gagner !»

Est-ce compatible avec une carrière de handballeur pro ?

L'avantage avec les sportifs de haut niveau, c'est qu'on a tous un ego surdimensionné. (Rires.) Ça te maintient face à la maladie, tu ne veux pas la laisser gagner ! Le corps réagit au mental. Moi, c'est ce qui m'a aidé à passer outre. Aujourd'hui, je surveille mon alimentation, je m'hydrate beaucoup, je m'accorde des plages de repos... Tous les matins, au réveil, je regarde si mes mains ne tremblent pas, si mes yeux sont bien en face des trous, si je n'ai pas trop sué... Ça va mieux, j'essaye de vivre normalement. C'est aussi une piqûre de rappel : mon corps, c'est mon outil de travail, j'ai besoin qu'il soit en parfait état de marche.

Vous n'avez jamais pensé à raccrocher ?

J'ai eu des moments compliqués, où je voyais tout en noir, où j'étais mélancolique sans savoir si c'était la maladie ou mon humeur du moment... Je suis traité à l'Insep (NDLR : l'institut du sport de haut-niveau basé à Paris) et je peux vous dire que de nombreux sportifs, parmi lesquels des médaillés olympiques, souffrent de cette maladie. Au début, je l'avoue, ça m'a coupé les pattes, je n'avais plus envie de grand-chose. Mais aujourd'hui, je vis. J'ai les bons amis, ma famille, je joue dans un club familial et humain. J'ai encore plus envie de profiter de ce que je fais, des autres. Je veux voyager, créer, savourer, partager... Cette maladie aurait pu me détruire ; finalement, elle m'a boosté.


Propos recueillis par Stéphane Bianchi
www.leparisien.fr

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