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Benjamin Bataille | "J’espère secrètement porter le maillot rouge et noir une dernière fois."

Rédigé le Jeudi 9 Avril 2020 à 15:39 | Lu 1028 fois


Le demi-centre d’Ivry rejoindra Montpellier la saison prochaine pour deux ans. Son arrivée dans l‘Hérault lui permettra de passer un cap en jouant dans le club le plus titré de France.


©Gib Pictures - ©Hand-Planet
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Nous sommes dans une période spéciale avec cette crise sanitaire qui touche tout le monde, comment vas-tu ?

Une période spéciale, mais surtout inédite. Cela fait bizarre de se retrouver du jour au lendemain confiné chez soi, son activité professionnelle suspendue. Mais aujourd’hui, la priorité est de résoudre cette crise sanitaire, et nous pouvons tous y contribuer en restant simplement chez nous. C’est ce que je fais. L’humain est capable de s'adapter à de nombreuses situations, et celle-ci en fait partie. On finit par trouver un équilibre dans l’espace de vie qui nous est accordé.

Peux-tu nous parler de ton programme d’entretien ?

Je n’ai pas réellement de programme, je fais quelques exercices avec des amis en visio. On s’appelle à tour de rôle et on propose aux autres une série d’exercices. Mais ça reste très sommaire, car je vis en appartement sans extérieur : pompes, abdos, gainage, squats, chaise, etc. En même temps, cela me permet de ne pas être seul toute la journée, de faire passer un peu le temps et de pas tout perdre au niveau musculaire. Pour ce qui est du cardio, c’est une autre histoire, il faudra du temps pour le récupérer, après le confinement.
 
Pourquoi prends-tu la direction de Montpellier la saison prochaine ? Étais-tu en contact avec plusieurs clubs ou tu ne voulais que Montpellier ?

Tout joueur de handball français désire évoluer un jour au MHB. C’est un club historique de notre championnat, qui joue le très haut de tableau depuis des décennies, sans discontinuer. De plus, le club est ultra structuré et professionnel, c’est un environnement propice à la performance et pour continuer d'évoluer individuellement.
J'avais des contacts avec d'autres clubs du championnat français, mais aussi à l'étranger. Mais Montpellier est l’un des plus grands d'Europe et lorsqu’il te porte de l’intérêt, tu n’as qu'une envie, c’est d’aller y jouer et faire partie de l’aventure.

Tu es deuxième meilleur buteur de la Lidl Starligue, cette année, et tu vas rejoindre Montpellier la saison prochaine. Forcément, tu dois avoir, dans un coin de ta tête, l’idée rejoindre les Bleus dans un avenir plus ou moins proche ?

Forcément, en tant que joueur français l'idée d’intégrer l’équipe de France un jour est toujours présente, surtout que j’enchaîne les performances depuis un certain temps déjà. Et ce, d’autant plus que j’en ai eu un avant-goût avec les sélections jeunes et juniors. C’est donc quelque chose que j’ai envie de retrouver. Mais les places sont chères et peu nombreuses. Je devrai donc continuer à être régulier et prouver, match après match, que j’ai le potentiel pour en faire partie. Montpellier peu être un accélérateur pour ça. L’exposition y est bien supérieure et chaque performance prendra plus d’ampleur si elle est réalisée là-bas.

En signant au MHB, quels seront tes objectifs, personnels et collectifs ?

Ils sont liés. Je vais à Montpellier avec l'ambition de gagner des titres et de jouer des compétitions européennes. Je ne veux pas être spectateur, mais bien acteur et participer au succès du MHB en ayant le niveau de jeu le plus élevé possible.

Il y aura une forte concurrence avec Diego Simonet, Melvyn Richardson et toi sur le poste de demi-centre. Est-ce une volonté de ta part de te mettre en danger pour élever ton niveau de jeu ?
 
La concurrence ne sera pas simplement sur le poste de demi-centre. Si je suis demi-centre de formation, j’ai été repositionné arrière gauche dès mon arrivée en professionnel. Cette année, j’ai alterné sur les deux postes en fonction des besoins de l’équipe. Numériquement, je viens pallier le départ de Soussi (ARG). La concurrence est rude à Montpellier (Duarte / Truchanovicius), il n’y a quasiment que des internationaux à chaque poste. Alors que l’on me fasse jouer arrière gauche ou demi-centre, si besoin, je répondrai présent. Il est vrai que je n’ai jamais eu autant de concurrence à Ivry, mais c’est justement ce qui est excitant et stimulant.

©Gib Pictures - ©Hand-Planet
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A Ivry, vous jouez dans une équipe qui compte de très bons joueurs (toi et ton frère, Mathieu Bataille, Théophile Caussé, Mate Sunjic…), mais vous êtes actuellement 12e avec 4 points d’avance sur le premier relégable. Pourquoi n’êtes-vous pas mieux classé, avec une telle équipe ?

Nous sommes effectivement 12e, mais à 2 points seulement du 7e. On fait partie des équipes du milieu de tableau, cette année. C’est une belle saison pour nous, étant donné le budget du club, qui est le 13e du championnat. Toutes les équipes travaillent et composent leur effectif avec des joueurs d’expérience, des jeunes prometteurs et des internationaux. Seulement les autres le font avec bien plus de moyens et en ayant la capacité de doubler, voire de tripler tous les postes. Ce qui n’est pas le cas d’Ivry. Les rotations sont plus minces, on est donc plus exposés aux blessures, comme cela a été le cas cette année où l’infirmerie n’a pas désemplie. Mais malgré tout, cette équipe a de l’âme, elle s’est battue pour obtenir chaque résultat et mérite de bien figurer au classement.

Ivry est une place-forte du handball français, mais stagne dans les profondeurs du classement, faute de budget. La survie du club , ne passe-t-elle pas par la formation des jeunes ?

Ivry est un club historique du handball français, malheureusement, il n’a pas réussi à se transformer aussi vite que les autres dans les années 2010, au moment où le handball a évolué et gagné en visibilité. Les budgets et les structures des clubs ont évolué alors que le modèle ivryen est resté le même. Chaque année, depuis 5 ans, le maintien d’Ivry est un exploit, il ne faut pas s’y tromper. Et ce maintien est souvent obtenu grâce, en grande partie, à des joueurs issus du club : François-Xavier Chapon, Rémy Gervelas, Fabien Ruiz, Mathieu Bataille, pour ne citer qu’eux. Cela fait déjà plusieurs années maintenant que le club continu d’exister grâce à son savoir-faire en matière de formation et en tirant le meilleur du potentiel de chaque jeune joueur, bien que ce ne soient pas forcément les plus huppés qui se retrouvent à Ivry. Malheureusement, ce modèle à ses limites, c’est un flirt continuel avec la relégation qui ne permet pas de monter dans la hiérarchie du classement. Au-delà de l’aspect sportif, le club est un acteur social, important pour la ville et c’est bien là l’essentiel.

Un mot pour conclure...

J’ai hâte de retrouver les terrains, et j’espère secrètement porter le maillot rouge et noir une dernière fois. Ivry est un club particulier pour moi il m’a beaucoup apporté et m’a permis d’être où je suis aujourd’hui. Néanmoins, la priorité reste de retrouver une vie "normale" le plus tôt possible et que cette crise prenne fin avec le moins de victimes possibles. Et pour cela, on ne le répétera jamais assez : restons chez nous.
 
          Chris Corion
Hand-Planet

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