La septième victoire de Sélestat, samedi contre Toulouse (31-28), doit beaucoup aux 25 arrêts du gardien Obrad Ivezic ainsi qu’au sans-faute de son compatriote Djordje Pesic au tir (cinq buts). Une prestation que les deux joueurs ont dédiée à deux de leurs proches, décédés dans la semaine.
Si leur présence dans les rangs du SAHB n’est pas passée inaperçue, leurs pensées étaient à des centaines de kilomètres de là. Car même si Obrad Ivezic a enflammé le CSI de Sélestat une heure durant, si Djordje Pesic a donné raison à ses dirigeants de l’avoir resigné pour deux ans en transformant toutes ses balles en buts, les deux Serbes de Sélestat étaient ailleurs. Touchés chacun par un deuil, ils ont fait le travail comme des pros. Sortant leurs plus beaux atours pour signer une superbe victoire, permettre à leur club de continuer à surfer sur l’euphorisante vague du succès, et finalement dédier cette soirée si particulière à ceux qui les ont quittés. Un oncle pour Djordje Pesic, un ami d’enfance, un frère pour Obrad Ivezic.
« J’ai perdu mon meilleur ami que je fréquentais depuis l’école. C’est pour lui et l’oncle de Djordje que nous avons gagné ce soir, précise celui dont le prénom a été scandé par le public du CSI tout au long de la soirée. Il m’est impossible de m’attarder sur ma performance de ce soir. De toute façon à Sélestat, un jour c’est un joueur qui se distingue, le lendemain c’est un autre. Peu importe qui. C’est le collectif qui prime. »
Impossible aller-retour
Obrad et Djordje n’ont donc pas pu goûter comme ils l’auraient voulu à la joie qui régnait autour d’eux. Leur préoccupation première consistait à trouver un moyen de regagner le plus vite possible leur pays et leur ville de Backa Palanka. Par les airs, il n’y avait plus de places avant mardi, alors que la solution de la route était difficile en raison des conditions climatiques.
« Quand Obrad m’a appris la nouvelle avant le match, je n’ai pas hésité un moment pour autoriser les deux joueurs à un aller-retour, témoigne Jean-Luc Le Gall. Hélas ils ont dû renoncer et ne pourront pas assister aux obsèques. »
C’est la raison pour laquelle une solennelle minute de silence a été respectée avant le coup d’envoi ainsi que pour la maman de Jérôme Fernandez, le capitaine de l’équipe de France qui évoluait en face. Mais dès que le jeu a débuté, le challenge sportif a repris le dessus. Obrad et Djordje auraient naturellement pu passer au travers. Mais c’est l’inverse qui s’est produit. Le gardien s’est immédiatement mis sur l’orbite d’une énorme partie qu’il terminera avec 25 tirs détournés. De quoi donner confiance à ses coéquipiers. À l’autre extrémité du terrain, le massif pivot a fatigué une défense toulousaine qui n’a pas pu le freiner, ni s’opposer à ses cinq occasions qui ont toutes terminé leur course au fond des filets.
De modeste promu à unique sixième
Les deux copains seront même réunis dans une action symbolique : une longue passe d’Ivezic en direction des six mètres que Pesic a pu cueillir d’une main pour aussitôt l’expédier au fond.
Et comme autour d’eux, tout le monde était au diapason, le match a tourné en faveur de Sélestat qui totalise désormais autant de victoires que de défaites (7) et reste sur cinq victoires au cours des sept derniers matches. Le SAHB ne pouvait rêver d’un meilleur parcours avant d’affronter Chambéry, jeudi prochain au Rhenus de Strasbourg devant 5500 spectateurs et les caméras de Canal +. Car cette affiche n’opposera pas un modeste promu à une écurie de Ligue des champions, mais plutôt le sixième du championnat de France contre le deuxième.
Un défi que les Sélestadiens vont pouvoir prendre à bras-le-corps, d’autant qu’ils possèdent désormais sept points d’avance sur le premier relégable.
par Christian Weibel
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