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Jérémy Roussel, entraîneur du Chartres MHB28 tire le bilan de la saison

Rédigé le Lundi 12 Juin 2017 à 10:07 | Lu 1896 fois



À l’heure du bilan, quatre jours après la défaite en finale à Massy, Jérémy Roussel confesse quelques erreurs de casting et dit que la qualité de son équipe « a été surévaluée. » Mais l’entraîneur chartain, comme son président, Philippe Besson, ne dévie pas de son objectif : la montée en D1 le plus vite possible.


Avez-vous revu la finale retour ?

Non. La meilleure façon de passer à autre chose est peut-être de ne pas revoir les images.

Avec quelques jours de recul, quelle est votre analyse ?

Je vais commencer par une pirouette. Est-ce que vos questions auraient été les mêmes si l'arbitre avait accepté le but d'Alric (Monnier) à la fin ou si le dernier tir, que Nebo (Grahovac) a détourné sur le poteau, n'était pas rentré ?

Pour une partie, oui…

Ce que je veux dire par là, c'est que les play-offs sont des moments qui rendent humbles. On pourra discuter longtemps des cinq dernières minutes qui gâchent les 3 h 55 qui ont précédé, mais la différence entre une joie immense et une tristesse incroyable, entre un bilan négatif et un bilan positif, c'est parfois une décision d'arbitre, une action… Il y a une dimension contingente, aléatoire, qui est là et fait parfois la différence.

Et sur le match ?

On l'a maîtrisé en termes de force mentale et de contenu handballistique pendant 52 ou 53 minutes. On est à 23-21, en supériorité, on a deux possessions, et on les gâche. Le doute s'installe, je vois tout le monde regarder le tableau et se dire : "Quand est-ce que ça se termine ?". On a retrouvé en condensé tout ce qui avait fait notre faiblesse sur la saison régulière. Des joueurs qui attaquent la touche plutôt que d'aller vers le but, qui commencent à reculer en défense, des situations de supériorité mal gérées… Et en face une équipe qui se remet à y croire et se refait un moral sur notre peur d'échouer si près du but. Les fantômes de la phase régulière sont réapparus.

Il y a pourtant de l'expérience dans ce groupe…

Oui et non. Certes, on a des joueurs un peu âgés, mais je ne suis pas sûr qu'ils aient cette expérience-là. En tout cas, elle n'est pas apparue. On a pourtant été dans les clous pendant 3 h 59…

Comment qualifieriez-vous cette saison ?

J'ai parlé toute l'année d'un parcours du combattant. Elle est évidemment frustrante. On a galéré, et à la fin, on a touché l'espoir de réussir malgré tout. On n'était pas loin, mais voilà, on n'y est pas. […] Globalement, on n'a pas été assez méchants, assez autoritaires. On a été trop tendres . Et on a fait beaucoup de cadeaux.

La saison est-elle ratée pour autant ?

Une saison ratée, ça aurait été de ne pas se qualifier en play-offs, de perdre en demi-finale, ou de finir lamentablement. Quand on est rentré à Cochet vendredi soir, il y avait 200 personnes qui nous attendaient parce qu'elles sentaient qu'on avait tout donné, qu'on n'avait pas triché. Il y a eu des moments durs, de crise, mais on a fait l'effort de se ressouder, de repartir. On ne s'est pas laissé emporter vers le fond. Mais on s'est réveillé un peu tard.

L'an dernier, en D1, vous aviez fait des miracles avec une équipe que vous n'aviez pas choisie, et là, ça n'a pas fonctionné…

Des miracles, non. L'an passé, les joueurs avaient adhéré, performé. Il y avait des joueurs valables, qui étaient frustrés de ne pas réussir à le prouver. On a gagné des matches parce qu'on avait un Grahovac à 20 arrêts, et ça aide. Louis Roche était aussi à son meilleur niveau. À cette période, j'ai fait l'erreur de ne pas en garder certains. J'ai peut-être commencé à me tromper sur le casting.

Vous pensez à qui ?

Je pense qu'un Davor Cutura nous aurait fait du bien cette saison. Can Celebi aussi. Peut-être même un Max Arvin-Bérod… Est-ce que c'était pertinent de le remplacer par Eduardo Reig-Guillen ? Après coup, évidemment, non.

Il s'est passé quoi avec Reig-Guillen ?

C'est un joueur qui sait faire des choses techniquement, mais qui ne courait pas beaucoup, s'investissait peu en défense et à l'entraînement. Et c'est un euphémisme. J'ai toléré ça tant qu'il était efficace, mais quand il a commencé à l'être moins, sachant que Gaël (Tribillon) poussait derrière, j'ai remis la concurrence. On parle souvent d'état d'esprit. La première chose à faire pour avoir un bon état d'esprit, c'est de mener bataille contre le mauvais esprit. Il a payé pour ça.

Avez-vous des regrets sur le choix des hommes ?

J'ai fait des erreurs et je les assume. J'ai fait venir Boris Becirovic dans la volonté d'en faire un demi-centre, parce que c'est un percuteur, très complémentaire de Sergio (De la Salud), qui manœuvre et travaille autour. Au bout de quelques matches, j'ai senti que ça n'avançait pas. On l'a rebasculé au poste d'arrière gauche. Mais si j'avais dû recruter un arrière gauche, je ne serais pas allé chercher Boris Becirovic. Dans le recrutement, il y a aussi ceux que j'ai gardés. Je croyais que Nebojsa (Grahovac) pouvait être un n°1 en D2. Donc je suis allé chercher un n°2 (Lamariano). Sauf que le Nebo de la deuxième partie de saison l'an dernier, je ne l'ai pas retrouvé. Il a fait de bons play-offs, mais sur la saison, c'est insuffisant. Je n'ai pas non plus retrouvé Louis Roche. Sur ces deux postes clés, on a été très en souffrance. L'une des équipes les plus faibles du championnat. Pour le reste, on ne maîtrise pas le temps d'adaptation d'un joueur. Rodrigo (Salinas) a mis six mois à commencer sa saison. Lars (Hald) ne s'est jamais adapté. Sur la défense homme à homme, les attaques adverses l'identifiaient comme le maillon faible. Et en attaque, il était en difficulté pour tenir les positions. Mais c'est un super mec, qui a tout donné.

Manquait-il un leader ?

Neuf entraîneurs sur dix en manque de résultats vont parler des leaders qu'ils n'ont pas. Mais les leaders, ça n'existera bientôt plus. Les joueurs ont intégré qu'ils étaient là sur des durées courtes, et ils ne prennent pas de responsabilités. Mais je ne désespère pas d'en trouver, ou d'en créer. Cette saison, il y avait pourtant la possibilité d'en voir émerger… Si on va chercher un Basic, qui a 37 ans, c'est aussi pour assurer ça. Cette année, la construction de l'équipe n'était pas bonne et j'assume ma responsabilité. Au final, on a eu des problèmes de compétence. La qualité de l'équipe a été surévaluée. Pour preuve, en play-offs, quand tout le monde s'est mis en ordre de marche, on ne gagne que d'un but contre Pontault les deux fois, et on fait +2 et -2 contre Massy. On n'avait pas de marge.

Pas de marge mais un budget bien plus élevé…

Avant même que la saison ne commence, on assumait déjà cette pression C'est plus facile d'être le petit. Les petits, leur seul délire, c'est de se taper le gros. Mais nos moyens, et la persévérance, feront la différence sur la durée. C'est une évidence. On a la chance d'être dans un environnement bienveillant. Et il faut des joueurs dignes de ça. Aujourd'hui, on est à un niveau intermédiaire et on ne peut pas récupérer les n° 1 du niveau du dessus. Ils ne veulent pas venir en D2. Alors on prend les n° 2, et parfois, ils n'ont pas la capacité à être n° 1 en dessous. C'est ça la complexité.

L'effectif va à nouveau changer. Quelle est votre vision aujourd'hui ?

On est dans une perspective à court terme pour monter. Ensuite, on réfléchira à construire une équipe sur trois, quatre ou cinq ans.

Y a-t-il des choses que vous ferez différemment à la reprise ?

On est dans la réflexion. Les joueurs ont besoin de chaleur, de se sentir aimé, et je ne leur ai peut-être pas assez montré . Mais en même temps, le niveau d'exigence devra s'élever de manière très importante. Il y a des joueurs que j'adore mais qui en termes de professionnalisme doivent passer un palier. Il faut trouver le bon compromis. Certains ont besoin d'un pote, d'autres d'un adjudant-chef. Un autre élément : avec Jérôme (Delarue, son adjoint), on a été trop ambitieux dans ce qu'on voulait mettre en place cette année.

Avez-vous pris du plaisir ?

Sur les aspects handball, pas beaucoup, même si les play-offs ont été plaisants à coacher. Toute la saison, j'ai dû activer des leviers pour que le bateau ne chavire pas. Alors il y a le plaisir d'avoir réussi à garder le cap.


Romain Léger

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