La nouvelle petite sirène de Copenhague est peut-être vaudaise. Pas franchement un physique de grande blonde scandinave, mais un talent de handballeuse que quelques clubs danois – ce qui se fait de mieux au monde – ont déjà sollicité.
A 19 ans, Gnonsiane Niombla fait les beaux jours de l’Asul handball, qui pourrait remonter en deuxième division, et de l’équipe de France junior. Cette Vaudaise de toujours ne veut surtout pas jouer les stars alors qu’elle pourrait faire rougir d’admiration les parquets du monde entier.
“J’ai commencé le handball à 9 ans, à l’école, et j’ai tout de suite adoré ce sport”, se rappelle-t-elle. Douée, elle est rapidement sélectionnée dans les équipes régionales puis nationales. Pourtant une opération à l’épaule l’éloigne des terrains, il y a deux ans. A force de volonté, elle parvient à retrouver le plus haut niveau. Du coup son agenda mettrait un président hyperactif sur les rotules, mais Gnonsiane trouve tout de même du temps pour décompresser. “Je vis ma vie de jeune, je sors, j’adore le cinéma et écoute tout le temps de la musique”, assure-t-elle. Sans fuir les sacrifices. Elle a par exemple eu la sagesse de s’imposer un régime draconien après avoir pris huit kilos à la suite de son opération.
Gnonsianne enchaîne actuellement les entraînements, sept par semaine, pour être retenue dans l’équipe de France junior qui va tenter de décrocher en mai sa place aux championnats du monde de cet été. Et compléter du coup son palmarès : championne d’Europe jeune en 2007, elle y est même élue meilleure arrière gauche du tournoi et 5e au championnat d’Europe junior de 2009.
De ses tracas de santé, de son histoire familiale qu’elle gardera pudiquement secrète, elle a tiré une impressionnante sagesse. Ainsi lorsqu’elle évoque son avenir et avoue avoir des contacts avec des clubs de l’élite : “Il est quasiment sûr que je ne serai plus vaudaise la saison prochaine…”. Mais l’éloignement de ses proches la fait réfléchir. “Je suis extrêmement proche de mes quatre frères et sœurs et de ma maman”, explique-t-elle en dévoilant son tatouage qui reprend les initiales de cette dernière. Et d’ajouter : “Je sais bien qu’il faut gagner sa vie, mais je ne suis pas prête à m’embringuer dans une vie bien faite trop tôt. Je crains d’être submergée par le hand alors que tout tourne déjà autour de ce sport. Je dois continuer mes études également pour assurer ma vie après ma carrière sportive. Une fois décroché mon bac, j’aimerais étudier pour travailler dans l’événementiel”. En gros, elle réclame le droit à l’insouciance tout en sachant que les dirigeants de l’Asul ne la retiendront pas, pour qu’elle “s’épanouisse”. Mais au moins elle aura porté l’école vaudaise loin de l’agglomération.
Pas ingrate, elle reconnaît que le hand lui a apporté beaucoup : un équilibre, le sens du respect et du partage, la tolérance et la solidarité. Le hand est un sport de la modestie. “On ne gagne pas des millions et on n’est pas adulé”, assure Gnonsiane. Pas le genre à mettre de l’OL dans son vin. Non, son ambition est simplement de réussir “une belle carrière”. Et finalement prendre comme modèle la joueuse norvégienne Gro Hammerseng qu’elle admire énormément. “Une belle et bonne joueuse”, estime-t-elle, pausée et réfléchie. Mais on décèle chez la Vaudaise une volonté sans faille. A la fois volcan et glacier. De quoi faire fondre la planète handball.
Stéphane Legras